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jeudi 19 mai 2011

Polexiquement correct : La laïcité, c'est quoi ?


La laïcité, en Tunisie ?

Sommaire:

Introduction
Le mot « laïc », est apparu au XIIIe siècle. Le terme laicus est utilisé dans le vocabulaire des églises chrétiennes dès l'Antiquité tardive pour désigner toute personne de la communauté qui n’est ni clerc, ni religieux; c'est-à-dire profane en matière de théologie.
Mais le concept de laïcité trouve ses racines plus tôt ,dans les écrits des philosophes grecs et romains, tels Marc-Aurèle et Épicure , puis chez des penseurs des Lumières comme Denis Diderot, Voltaire, John Locke, les pères fondateurs des États-Unis tels James Madison, Thomas Jefferson, et Thomas Paine, en France à travers les lois de Jules Ferry(1905), ainsi que dans les écrits de libres penseurs modernes, agnostiques et athées, tels  Bertrand Russell, Robert Ingersoll, Albert Einstein, et Sam Harris.
Est désormais laïque (au sens de Laos « la population indivise ») « ce qui concerne tout le peuple, indépendamment des diverses croyances ou convictions qui le divisent ». Ainsi, l’Etat laïc est celui qui s’adresse à tout le peuple sans égard aux religions des citoyens. Dans ce sens, il est permis de dire que la laïcité est le volet religieux de la démocratie, chacun peut pratiquer librement sa religion, la seule limite étant l’ordre public. (sommaire)
I) La laïcité, c'est quoi ? (sommaire)
Définition de la laïcité : (sommaire)
Il s'agit de la sécularisation des institutions politiques d'un État, à savoir que cet État ne s'adosse à aucune religion officielle, ni ne suppose quelque onction divine (définition de Ferdinand Buisson).
Notions voisines avec lesquelles la confusion est possible : (sommaire)
Le séculier 
On ne doit donc pas confondre le caractère séculier d'une société (la population manifeste une certaine indifférence religieuse) avec la laïcité proprement dite (les institutions d'État ne sont soumises à aucune contrainte ni même ne relèvent d'aucune justification de nature religieuse, spirituelle ou théologique).
L’athée 
Il faut ensuite distinguer entre Etat laïque et l’Etat Athée tel que l’ex-URSS ou Cuba, qui interdit toute manifestation d’appartenance religieuse. La laïcité requiert de traiter de manière équitable toutes les religions et en garantit par conséquent les pratiques  libres et sans discrimination de toutes les croyances quelles qu’elles soient. En revanche, l’Etat Athée interdit l’expression de toute religion. (sommaire)
Portée du concept de laïcité (sommaire)
Au sens contemporain, la laïcité, est le principe d'unité qui rassemble les hommes d'opinions, religions ou de convictions diverses en une même société politique, distincte par conséquent d'une communauté. Dans une perspective laïque, les croyances et convictions qui sont en rapport avec la religion (Religion ,ici, sera entendu au sens large : religions proprement dites, croyances sectaires, Déisme, Théisme, Athéisme, Agnosticisme, spiritualités personnelles) ne sont que des opinions privées, sans rapport direct avec la marche de l'État.
C'est là considérer la politique comme une affaire humaine, seulement humaine et non divine. Ainsi la religion ne doit pas interférer avec la politique.
Réciproquement, la politique ne s’immiscera pas dans la religion :
La liberté de croyance et de pratique doit être entière; dans les limites de "l'ordre public", l'État s'interdit d'intervenir dans les affaires religieuses, et même de définir ce qui est religion et ce qui ne l'est pas .De même, les autres acteurs politiques, tels que les partis politiques , ne doivent se baser , dans leur programme, idéologie ou activité, sur des valeurs religieuses. (sommaire)
Conceptions de la laïcité (sommaire)
Conception française
La laïcité d’abord affirmée en tant qu'opposé du cléricalisme a vu ensuite son domaine s’étendre au-delà du combat contre l’impérialisme Catholique. Cette évolution historique est caractéristique de la conception française de la laïcité, qui, dans son application, se trouve confondue parfois avec l’athéisme (affaire de l’interdiction du port du voile islamique en France).
2eme caractéristique, la réciprocité. La religion ne doit pas interférer avec la politique la religion ne guidera en aucun cas les choix politiques, les autorités publiques et les organes de l’Etat (parlement, ministères, conseil constitutionnel …) ne doivent être guidés que pas des concepts politiques de la république et non des concepts divins. Il convient de noter à cet égard que cette idée est aussi véhiculée par le sécularisme qui, signifiant une indifférence par rapport au religieux, commande de priver la religion de pouvoir législatif ou politique.
Réciproquement, la politique ne s’immiscera pas dans la religion, n’en limitera pas l’exercice, ne favorisera pas une religion par rapport à une autre et ne violera pas la sphère intime qu’est celle des croyances religieuses.
Conception turque 
La Turquie est un des quelques pays majoritairement musulmans, comme certains États africains ou de l'ex-URSS, à être laïque. Cependant, la séparation entre les Églises et l’État n’est pas réciproque comme en France: la laïcité s'accommode d'une mise sous tutelle de la religion par l'Etat, qui finance et forme des prêtres et des écoles religieuses. Cela s’explique par le fait que, juridiquement, la religion est considérée comme faisant partie de ce que l’on appelle, en droit, l’Ordre public (ensemble de phénomènes sociaux qui, de par leur importance, doivent être soumis à un régime juridique rigoureux et protecteur)
Conception Américaine 
Celle-ci peut être résumée par une citation de James Madison :
"Le gouvernement n’a pas l’ombre d’un droit de se mêler de religion. Sa plus petite interférence serait une usurpation flagrante."
On note par contre une forte imprégnation de la politique par la religion aux Etats-Unis, catholique notamment, ce qui nous permet de dire que la conception américaine de la laïcité ne présente pas de réciprocité. (sommaire)
La carte de la laïcité (sommaire)
Carte des pays théoriquement séculiers
Pays constitutionnellement laïques
  • France
  • Inde
  • Japon
  • Mexique
  • Éthiopie
  • États-Unis
  • Turquie
  • Brésil
Pays athées
Bien entendu, la laïcité n'est pas l'athéisme d'Etat, puisque la Laïcité suppose la liberté de conscience, celle de croire comme de ne pas croire, mais aussi la liberté de pratique religieuse (article premier de la loi de 1905).
Cuba : depuis 1998 les pratiques religieuses sont autorisées mais sévèrement contrôlées par l'État.
Pays séculiers (et non « États séculiers », abus de langage)
  • Allemagne
  • Belgique
  • Canada 
  • Italie
  • Pays-Bas
  • Suisse (sommaire)
II) Le cas tunisien
Laïcité en tunisie, souhaitable ?
Les avis divergents :
Certains déconseillent la laïcité, causes:
- confusion avec l’athéisme 
- abandon de la culture nationale
- majorité écrasante musulmane
D’autres la défendent :
-Telle que définie plus haut, la laïcité constituerait le prolongement de la liberté de pensée et de la liberté de conscience.
-égalité et paix sociale car l’Etat traitera de manière égale toutes les religions.
-la religion ne s’immisçant pas dans l’état, certaines disposition légales d’inspiration religieuse seront évincées (telles que l’inégalité de l’héritage). Ceci dit, les affaires de l’Etat devront être conduites de manière à assurer une prospérité sociale, économique, politique et culturelle et non de manière a assurer  la conformité du mode de gouvernance aux prescriptions religieuses.
Finalement, la laïcité semble être souhaitable dans la mesure où l’identité tunisienne conservée mais aussi et surtout l’ordre public (la paix sociale): la liberté d’exprimer sa religion, que prônent les défenseurs de la laïcité , ne doit pas permettre aux citoyens de porter atteinte aux droits fondamentaux des autres citoyens (droit de circulation, droit de vote, droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique, liberté d’expression, liberté de culte, liberté de conscience) (sommaire)
Laïcité en tunisie , possible ? (sommaire)
-En Tunisie, la population est, à majorité écrasante, musulmane .
-L’enseignement prévoit une éducation religieuse musulmane uniquement.
-L’Islam fait partie, du moins dans sa partie superficielle, de l’identité tunisienne (Aïd et autres fêtes religieuses, ramadan, multiplicité des mosquées).
-La civilisation à laquelle appartient la Tunisie est la civilisation arabo-musulmane, une civilisation qui se définit (contrairement à d’autres civilisations, telle que l’occidentale) en grande partie par son identité musulmane comme son nom l’indique ; la société tunisienne est donc dans une certaine mesure imprégnée d'Islam, et elle y est indéniablement très attachée.
Il résulte de ces observations que la société tunisienne n’est pas indifférente à l’islam, elle n’est donc pas, par définition, séculière.
Il est utile de rappeler à cet égard que le concept le plus abouti de la laïcité  porte deux corollaires : L’Etat ne s’immisce pas dans les affaires religieuses (construction de lieux de cultes, éducation publique  religieuse etc...). Ensuite, RECIPROQUEMENT, la religion ne dépasse pas la sphère privée pour s’ériger en code de conduite politique.
Or, il est un phénomène connu en sociologie politique et en sociologie en général : les caractères psychologiques d’une population se font ressentir dans la manière avec laquelle le pays est gouverné, du moins en démocratie, car c’est le peuple qui "détient" le pouvoir à travers ses représentants politiques.
Ainsi, l’absence d’indifférence religieuse au sein de la société finira par se faire ressentir au sein des pouvoirs publics, car les pouvoirs publics sont dans une  démocratie constitués par ceux-là même qui constituent la société.
Il ressort finalement de ce raisonnement que la Tunisie ne pourra manifestement et regrettablement pas pourvoir établir un Etat laïque présentant les caractéristiques classiques du concept de laïcité.
On pourra opposer à ce pessimisme la possibilité de mettre en place des organes de contrôle neutre et objectif qui se chargeront d’empêcher les structures publiques de prendre des mesures violant la laïcité (empêcher par exemple le parlement de voter une loi allant à l’encontre de la laïcité, nous pouvons imaginer une loi qui interdit la consommation d’alcool qui constituerait une violation à la liberté de culte des chrétiens dont la religion prévoit la consommation du vin à l’occasion de certaines cérémonies religieuses).
Mais cet organe-là n’est-il pas lui-même constitué par des personnes faisant partie de cette société non séculière que nous avions décrit au départ ? Est-il réaliste de s’attendre a ce que cet organe se comporte réellement de manière objective étant données les circonstances sociologiques envisagées ? Le Doute est permis, surtout à l’étude de certains cas telque le cas français ou le cas turc, deux Etats constitutionnellement laïques mais qui , parce qu’il n’ont pas une société séculière , n’arrivent pas à réaliser une « laïcité satisfaisante ».
Exemple turc : début 2011, promulgation d’une loi interdisant la consommation d’alcool aux moins de 25ans. Cette loi est-elle motivée par un souci de protection des consommateurs d’alcool contre eux-mêmes, à l’instar des mesures de protection courantes (« -12ans » pour certains programmes de télévision, « -18ans » pour la consommation d’alcool) ? Certainement pas,  étant donné qu’à 24 ou 26ans, le citoyen est civilement adulte. Il s’agit donc d’une prescription à fondement islamique, premier pas vers l’interdiction généralisée de la consommation d’alcool. Une telle loi a été possible au sein d’un Etat qui se considère pourtant laïque.
Logo du site français " riposte laïque"
Exemple français : l’affaire de la loi interdisant le voile islamique a prouvé que la société française n’est pas séculière car elle présente un certain rejet de la religion musulmane. C’est cette absence de sécularité qui a fait qu'une loi violant la liberté de culte puisse être permise.
Ainsi, L’Etat turc fait passer une loi musulmane, et l’Etat français fait passer une loi anti-musulmane alors que la laïcité implique la garantie totale de la liberté de culte. Ainsi, dans les 2 exemples donnés, les Etats se disent laïques mais ne le sont pas réellement. (sommaire)
Quelle alternative ? (sommaire)
La laïcité étant souhaitable mais pas totalement possible, quelle alternative se présente à nous ? Devons-nous abandonner ? Non, évidemment ! L’absence de laïcité réelle n’est pas une situation socialement ou politiquement alarmante, beaucoup de pays ne sont pas réellement laïques et parviennent à maintenir une certaine prospérité sociale et politique satisfaisante (France, Allemagne).
On peut réellement et concrètement tendre vers la laïcité et ce en poursuivant les objectifs qu’elle vise à réaliser : non-discrimination religieuse, tolérance, liberté de culte, liberté d’expression…
Ce projet est déjà amorcé comme en témoignent certaines dispositions de la constitution consacrant des libertés fondamentales limitant l’enchevêtrement du politique et du religieux (liberté de conscience et de culte, interdiction de partis politiques religieux ..) , et en particulier en matière de statut personnel avec le Code du Statut Personnel de Bourguiba qui a pris énormément de distance par rapport aux règles religieuses (interdiction de la polygamie, consécration complète de l’adoption, interdiction de la répudiation...).
L’espoir est donc permis , à nous d’ajouter ,à la liste des conceptions de la laïcité, la laïcité tunisienne ! (sommaire)
Karim Mili

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