Un titre de film vendeur n’est-ce pas ?
Enfin, à coté d’une discipline rigoureuse ( loi du silence, « morale » pouvant se manifester en l’établissement d’alliances stratégiques avec seulement certaines familles) l’organisme mafieux est bâti sur une structure hiérarchique pyramidale (parrains ,boss, hommes de mains ...) liée à l’étendue des pouvoirs des membres de « la famille » dont l’autorité et la légitimité sont tirées d’un rapport de soumission sociale (chantage, pression physique, dettes, faux procès, radiation du réseau et perte de privilèges …).
L’Italie, pays avant-gardiste dans la lutte anti-mafia en a vite pris conscience, et mis en place un programme anti-mafia redoutable.
La réalité dépasse la fiction, à bien des égards…
L’article s’articulera autour de deux idées :
- Similitude entre RCD et Cosa Nostra
- Insuffisance d’une lutte classique contre le RCD et nécessité d’une structure anti-mafia adaptée calquée sur un modèle abouti : le modèle italien.
Similitude entre RCD et Cosa Nostra
Une mafia est une organisation criminelle disciplinée construite sur une structure particulière et obéissant à des règles rigides et bien déterminées. Nous prendrons l’exemple de la Cosa Nostra pour les similitudes qu’elle présente avec le RCD. Certes, le RCD utilise de nombreuses techniques mafieuses, de financement notamment (les fonctionnaires se voient pour la plupart retirer de leur salaire une petite partie qui va aux caisses du RCD sans leur consentement) et d'extension (les adhérents au RCD intègrent une communauté qui leur permet de jouir de privilèges auxquels le citoyen tunisien "normal" n'a pas accès). Mais l'objet de notre étude va un peu plus loin. Dans ce dossier, par RCD, nous ne viserons pas le Parti politique seulement mais toute l’organisation mafieuse environnant le parti qui a alors navigué bien loin de son port d’attache Bourguibien depuis quelques décennies.
La mafia RCD comme la Cosa Nostra, n’a pu naître qu’en tant que substitut à un ordre qui ne tenait plus (absence de sécurité en milieu rural pour la Cosa Nostra / incapacité de Bourguiba de remplir convenablement ses fonctions). Les deux organismes présentent une forte implantation dans le paysage politique (mais il ne faut pas croire que seuls les corrompus intéressent les mafieux. Un politicien honnête qui se bat pour son territoire booste l'économie. Et ce qui est bon pour l'économie est bon pour eux ) de leur territoire et s’assurent aussi certains alliés au niveau médiatique. Le crime: trafics en tout genre et contrebande constituent un marché rentable et juteux. Le crime permet aussi de veiller au respect de la loi du silence, torture, assassinats, enlèvements, les murs des grandes villas siciliennes ont vu autant d’horreurs que ceux du sous-sol du ministère de l’intérieur tunisien. Le crime étant à minimiser, l’intrusion dans l’économie est nécessaire pour le clan mafieux, d’une part pour blanchir l’argent sale (la capacité à dissimuler les fonds sales grâce aussi à l'existence d'Etats laxistes ou de paradis fiscaux) et d’autre part pour se diversifier et ainsi mieux financer l’empire mafieux (assurances, distribution, petits commerces, banques, etc...).
Enfin, à coté d’une discipline rigoureuse ( loi du silence, « morale » pouvant se manifester en l’établissement d’alliances stratégiques avec seulement certaines familles) l’organisme mafieux est bâti sur une structure hiérarchique pyramidale (parrains ,boss, hommes de mains ...) liée à l’étendue des pouvoirs des membres de « la famille » dont l’autorité et la légitimité sont tirées d’un rapport de soumission sociale (chantage, pression physique, dettes, faux procès, radiation du réseau et perte de privilèges …).Insuffisance d’une lutte classique
Pour mettre fin aux méfaits du Régime Ben Ali, notre gouvernement a entrepris « le blocage » du RCD et le gel de ses biens, réduisant ainsi à un parti politique une mafia nationale des mieux organisées au monde.
Le parrain est à la tête du pays aux niveaux économique, médiatique et politique, les hommes de mains sont bien équipés et agissent sous un écran protecteur solide : la police nationale. La main mise sur l’économie est les institutions étatiques asphyxie toute ébauche d’opposition et neutralise tout concurrent même apolitique. Le crime est général et impuni, le système judicaire étant lui aussi totalement corrompu en amont et en aval des tribunaux. Avec des centaines de milers de membres à son actif (nous l’avons bien vu la veille du 14 au soir), notre mafia nationale a de loin dépassé son cadre juridique premier, c'est-à-dire l’administration tunisienne et les organes de gouvernance nationaux.
Une lutte politique et juridique classique ne présente qu’un intérêt symbolique. Par exemple, entre autres mesures anti-système-Ben-Ali qu’ont pris les autorités, figure la radiation d’officiels (et d’hommes politiques « impliqués » dans le clan) de leurs fonctions administratives dans les organes de gouvernance et de souveraineté. Cette radiation a vocation à amputer de tels mafiosi d’une autorité juridique, ainsi, un ministre par exemple ne pourra plus donner d’ordre juridique au niveau de son ministère. Mais c’est son rang mafieux qui permettra à l’homme politique déchu de continuer à agir et à donner des ordres et ce malgré le fait d’avoir été licencié, car il est clair que l’autorité en question n’est pas juridique mais bien mafieuse. En effet, un rapport hiérarchique mafieux entre un boss et son homme de main, ne serait pas altéré si un autre rapport, professionnel cette fois, venait à se créer entre eux, pour ensuite disparaître.
Plus particulièrement, la hiérarchie de la mafia nationale, comme on l’a dit plus haut, dépasse les cadres juridique et constitutionnel pour atteindre des liens économiques et sociaux (intérêts communs, «dossiers» de chantages, menaces criminelles…) que le « clan » a su tisser pendants de longues années de règne absolu et criminel. Il est de ce fait manifeste qu’une lutte classique aux moyens de mesures telles que celle donnée en exemple ne suffise pas à venir à bout d’une machine toujours en marche. Une machine qui n’a perdu que certains parrains, qui, comme toute mafia, seront remplacés immédiatement par leur héritiers familiaux ou mafieux.
L’Italie, pays avant-gardiste dans la lutte anti-mafia en a vite pris conscience, et mis en place un programme anti-mafia redoutable.
Comment lutter contre notre mafia nationale :
Dans un état de droit, on ne condamne pas sans preuve, et celles-ci sont difficiles à obtenir, les rares témoins ne parlent pas, à cause de la loi du silence. Une dictature peut, dans certains cas, lutter contre les organisations du crime organisé. Mussolini avait presque réussi à éradiquer la mafia car il se moquait de réunir des preuves et mettait les gens en prison sans raison. Bien évidemment nous ne pouvons nous permettre de remettre au goût du jour des méthodes Mussoliniennes discrétionnaires et arbitraires de lutte anti-mafia, étant un état de droit fraîchement et douloureusement acquis.
Il convient donc de mettre en œuvre un programme qui prenne compte des spécificités de l’organisme mafieux qu’il s’agit d’anéantir. Voici (en annexe) les mesures que le gouvernement italien a choisies, taillées par l’expérience de décennies de lutte contre des mafias centenaires et internationales. Ces mesures sont un modèle d’aboutissement et de réussite pour la commission européenne qui entend s’en inspirer pour un programme anti-mafia européen. Une adaptation tunisienne serait nettement plus efficace et plus réaliste que nos programmes nationaux qui se contentent naïvement (par manque de volonté ?) de geler un parti politique en feignant d’ignorer l’existence d’une mafia qui a prospéré pendant des années sous une structure « nationalisée » !
Il convient donc d’abandonner ces mesures populistes archaïques et inadaptées pour un programme lucide offensif. Le modèle italien est certes spécifique à la mafia locale mais il est bâti sur une structure générale qu’on peut parfaitement adopter étant données les similitudes entre les organismes combattus par les deux pays (RCD et Cosa Nostra).
C’est un point de vue qui prétend seulement à la vraisemblance, donc si vous avez un commentaire à faire n’hésitez pas, vos contributions sont notre matière première, donc allez-y !
Annexe 3 : le clan Trabelsi (la vidéo ci-dessous)
Ces documents ne présentent pas d’informations vérifiées, il convient donc de les consulter avec prudence.
Ces documents ne présentent pas d’informations vérifiées, il convient donc de les consulter avec prudence.
Karim Mili




L'idée est bonne, mais dommage que ce soit un peu léger comme démonstration...
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