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lundi 18 avril 2011

JID à Science PO


JID a testé pour vous…
« L’Egypte après Moubarak » une conférence organisée par l’Association  Science Po Monde Arabe (SPMA) à Paris, le 22 mars dernier.
C’est au sein de la prestigieuse école, rue Saint Guillaume, que s’est tenue cette conférence consacrée à un des volets de ces révolutions arabes et non des moindres : le volet égyptien. Et les JID y étaient…

Arrivé quelques minutes avant (19h), nous avons à peine eu le temps de discuter avec quelques participants qu’on nous a déjà conviés à monter à l’Amphithéâtre Leroy-Beaulieu/Sore. Et, je l’avoue… on s’est perdu !

Quelques minutes d’errance plus tard, nous voilà assis sur les bancs de Science Po. Ayant profité du petit retard qui accompagne tout grand évènement, nous avons pris le temps de discuter avec les spectateurs (comme nous) des affaires du Monde

C’est Hugo Massa, membre de l’association qui ouvre la conférence sur un bref résumé des récents événements. Il met le doigt sur l’importance historique de ce qu’ont accompli les égyptiens et (quelques jours avant eux) les tunisiens. Pour une fois, une intervention se fait courte, simple et pertinente.

Il enchaîne sur l’annonce des intervenants (en l’occurrence, intervenantes) qui étaient au nombre de trois (3) :
-        Yasmine FAROUK : Politologue (Université du Caire), spécialiste de la politique étrangère égyptienne, chercheuse au sein du Programme des Nations Unies pour le Développement, participante aux mouvements du 25 Janvier, et actuellement attachée au bureau du vice-Premier ministre égyptien. 
-        Sophie POMMIER : Créatrice du cabinet Méroé (conseil sur le Moyen-Orient), ancienne attachée au ministère des Affaires étrangères, chargée de cours à Sciences Po, et auteure de "Égypte, L’envers du décor" (La Découverte, 2008).
-        Chaymaa HASSABO : Politologue, doctorante ("L'Égypte de Moubarak en changement", IEP de Grenoble).

Ce qu’il est nécessaire de dire avant de s’engager plus loin, c’est que malgré le sujet (Egypte) vous allez, comme moi, vous sentir très concerné par ce qui a été dit. Même si nous n’étions pas sur place, vous aurez l’impression d’avoir vécu, vu, ou entendu la même chose. Voilà bien tout l’intérêt de cette restitution…


Sophie Pommier : Etat des lieux égyptien
Ainsi donc commence la conférence :
Mme Pommier expose, brièvement et malgré la directive contraire des organisateurs, une courte histoire de l’Egypte du XXe siècle, de l’indépendance aux différents chefs–d’Etat, expliquant l’importance d’un petit feed-back pour comprendre l’état presqu’actuel des choses.
Puis, elle en est vite arrivée à l’Egypte de Moubarak, expliquant que le régime reposait sur 3 piliers : les militaires, le parti au pouvoir PND (Parti National Démocratique/ désormais dissout) et le Président.

Une typologie des partis nous a été par la suite proposée : une vingtaine au total aujourd’hui et beaucoup en attente encore. Mais une réalité toute autre… car seules deux formations politiques peuvent prétendre, à son sens, aujourd’hui à une structure politique et à  une implantation sociales suffisamment solides pour détenir le pouvoir : le PND, encore une fois, et les frères musulmans !

Mis à part ceux-là, le paysage politique égyptien demeure aride, explique-t-elle, car handicapé par l’absence d’une réelle force politique pour contrebalancer les deux précédentes. Certes, des partis comme le Wafd, le Tagamou3, le parti nassérien ou les islamistes du Wassat (indépendants des frères musulmans) peuvent prendre de l’ampleur, ajoute-t-elle, mais les égyptiens sont encore loin d’un vrai multipartisme.
« S’il y a aujourd’hui des élections en Egypte, elles seraient libres mais pas justes », enchaine-t-elle. 

Pour ce qui concerne les dernières annonces concernant l’amendement de la Constitution, elle parle d’un « simple toilettage constitutionnel » puisque la révision, loin de bouleverser et l’organisation du texte et celle des pouvoirs au sein de l’Etat ne touche que 6 articles et 3 volets : l’éligibilité à la fonction de président de la république, l’implication de l’appareil judiciaire dans le contrôle des scrutins et les conditions et modalités de l’Etat d’urgence.

Au-delà de ces informations, Mme Pommier s’interroge sur la vraie intention des militaires : jusqu’où sont-ils prêts à aller sur la voie de la démocratisation ?
Elle pose aussi l’interrogation quant aux frères musulmans ? Comment vont-ils s’organiser, sachant que l’article 5 de la Constitution interdisant la création d’un parti sur une base religieuse n’a pas fait l’objet d’amendement ?

Enfin, elle soulève la question de la politique économique que l’armée pense mettre en place durant cette phase ‘‘transitoire’’ : elle parle d’un flou malgré la tendance libérale qui semble se dégager.
« On ne dispose malheureusement pas de toutes les clés nécessaires à une bonne analyse de la situation », conclut-elle, laissant en suspens ces interrogations.

Chaymaa HASABOO : Profils des manifestants
La conférence suit son cours avec une deuxième intervention de Chaymaa HASSABO qui entame sur un premier bilan d’incertitude générale quant à la situation égyptienne : des événements originaux (historiques) et pas d’opposition crédible car cette dernière, selon elle, « a renoncé à la Démocratie interne sous le joug de la dictature ».

Elle évoque par la suite la dénomination « révolution de Facebook » et la qualifie d’inadéquate par rapport à la réalité sociologique sur le terrain. Il y a 3 profils de jeunes manifestants, explique-t-elle pour étayer son idée :
-        Les supporters des principaux clubs de football (Ahly/Zamalak) qui ont décidé de faire alliance et ont été les premiers à investir la place Tahrir au Caire ;
-        Les militants nés des derniers mouvements de révolte de l’été 2010 ;
-        Les jeunes dotés d’une toute nouvelle conscience politique issue des classes défavorisées, des bidonvilles, etc. 

Ces militants, développe-t-elle, se sont unis jusqu’au départ de Moubarak pour des raisons différentes. Des dissensions qui sont réapparues par la suite pour fissurer le mouvement. 

Mais un ennemi commun avait été identifié, ajoute-t-elle :
« La police apparaissait comme le seul responsable de la violence et de la torture contre les jeunes »
Elle identifie un mouvement en particulier pour illustrer son propos : « Jeunes Pour le Changement » né d’un sentiment de stigmatisation avant le début de la révolution, s’est effrité à cause de la démobilisation, du découragement et de la brutalité des autorités.

Avec cette Révolution, analyse-t-elle, les jeunes égyptiens sont passés d’un militantisme de réaction à un militantisme de création. Ils ont été, à l’image de l’ensemble du peuple, contre l’autoritarisme, le népotisme et la corruption mais ont par la suite divergé des forces politiques historiques (El Baradei, frères musulmans, mouvement du 6 avril, etc.) avec des revendications souvent plus pointues (dissolution du gouvernement Cheffi, nouvelle Constitution, jugements des hauts responsables, etc.).

Ces revendications ont séparé jusqu’aux jeunes eux-mêmes car beaucoup ont réalisé que la manipulation avait infiltré les rangs de la place Tahrir faisant des sit-in une menace et non plus seulement un moyen de pression. La place est devenue le théâtre d’une véritable « guerre psychologique dont le but était de marginaliser les manifestants », ajoute-t-elle, mais une valeur morale persistait, interdisant aux jeunes de quitter ces sit-in.

Yasmine FARROUK : Vision de la politique étrangère après de départ de Moubarak
Enfin, ce fut au tour de Mme. Yasmine FAROUK de prendre la parole et d’axer son intervention autour de la place de l’Egypte sur la scène internationale à partir du départ de Moubarak. Et pour ce faire, elle a dégagé 4 problématiques :

1.       La relation de dépendance stratégique des Etats-Unis : un large sujet, brièvement abordé, et introduit par une question, la politique étrangère égyptienne sous Moubarak est-elle conforme aux valeurs prônées par la révolution ?
« Non, répond-elle, car la puissance militaire de l’Egypte dépendait jusque là de l’aide américaine qui ne correspond pas ‘‘forcément’’ aux aspirations de la révolution ». Par ailleurs, une autre forme de dépendance (économique) se rattache aux pays du golfe.

Toutes ces dépendances vis-à-vis de l’étranger vont pousser au même alignement sur les EU et les pays du golfe mais trahiront d’une manière ou d’une autre la volonté des égyptiens, eux-mêmes tiraillés entre plus de droiture et le retour de l’Egypte en tant que puissance régionale.

2.       Relations avec Israël et rôle dans le conflit palestinien : Mme. Farrouk insiste avant toute chose sur le fait, dit-elle, que le « départ de Moubarak est impensable sans l’accord des EU de l’Union européenne mais aussi d’Israël ».
Cette approbation ne s’est faite qu’après l’obtention d’une garantie : le respect du traité de paix. « Aucun gouvernement égyptien ne pourra éviter la question » insiste l’intervenante. Mais des changements/alternatives peuvent être trouvées (négociation avec le HAMAS, levée du blocus de Rafa, zone démilitarisée à la frontière israélienne, etc.).
Dans ce cas l’Egypte pourrait se rapprocher de la politique diplomatique turque : relations « apaisées mais libres ».

3.       Institutions et facteurs de la politique étrangère en Egypte : une politique jusque-là très personnalisée et symbolisée par la personne même du Président. Un des grands défis pour le pays, aujourd’hui, est de ré-institutionnaliser sa politique extérieur ; le vis-à-vis unique doit disparaître.

4.       La question du bassin du Nil : question très sensible à propos de laquelle l’Egypte a toujours été sur la défensive, en tenant une politique très sécurisée/sécuritaire.
L’Egypte devra redéfinir ses rapports avec les Etats voisins et laisser de côté le comportement hégémonique dans la région du Nil contre une politique d’investissements humain et économique.

Mme. FARROUK conclut en disant que le soutient de la communauté internationale à Moubarak compensait son manque de légitimité en interne. Les EU, l’UE et les pays arabes ayant perdu leur ‘interlocuteur unique’ doivent désormais composer avec une vraie nation. L’alignement de l’Egypte ne doit/peut plus être automatique car le pays n’est plus en position de faiblesse.

C’est sur quelques mots que la conférence s’est achevée. La parole a été transmise au public qui a posé ses questions. Des interrogations portées sur une large palette de sujets : passage de navires iraniens par Suez, la problématique copte, le rôle à venir de la jeunesse entre démobilisation ou implication accrue.

Vous l’aurez compris, ça volait très haut ! Des intervenants pertinents, des classifications et des comparaisons assez précises pour une restitution fidèle des événements passés et (peut-être) à venir.

Mais ce qui est plus qu’autre chose utile de retenir pour nous, c’est les nombreuses (très nombreuses !) similitudes avec la Tunisie. Evidemment, aucune révolution n’est comparable à une autre ; chacune se démarque par ses facteurs, ses caractéristiques, etc. Mais ces similitudes nous imposent de garder un œil sur nos voisins pour profiter de leur expérience et à notre tour faire profiter de la notre…
A bon(s) entendeur(s),



Zied Boussen

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