L’Institute for Security Studies (ISS) et l’Association de Recherche sur la Démocratie et le Développement (AR2D) présentent :
Ce matin-là, réveil à 5h30, petit-déjeuner à 6, état comateux à 7. Ce matin-là, un séminaire pour la transition démocratique se tenait quelque part à Tunis. J’avais donc deux heures à tuer avant de m’y rendre. J’en profitai pour découvrir les différents profils interagissant au séminaire : Iyadh Ben Achour, président de la haute commission nationale pour la réforme politique, officiant en tant que professeur de droit ; Antonio Vitorino, membre du parti socialiste Portugais et ancien ministre de la Défense du Portugal ; Ainsi que Sadok Belaid, ancien doyen de la Faculté de Droit de Tunis et expert en sciences politiques.
EXPERIENCES DE TRANSITIONS DEMOCRATIQUES : quelle voie pour la Tunisie ?
Tunis, 9 et 10 Mars 2011, Hôtel Golden Tulip, Gammarth.
10h30 : Silence, on tourne. Iyadh Ben Achour ouvre le bal. Je me figure alors la salle de conférence en planétarium, servi par une ambiance céleste avec au plafond, des comètes. Et pour cause : la transition démocratique est assimilée à un big-bang. La Tunisie, cette « merguez coincée entre les deux lèvres d’un énorme casse-croûte » s’essaie à un virage : Du néant à l’existence, elle se trouve désormais sous les feux des projecteurs d’une tribune, jadis hantée par des téléspectateurs devenus acteurs de leur société. Du néant à l’existence, l’onde de choc provoquée est brutale, mais maîtrisable. C’est ce que Mr Ben Achour qualifiera de défi cosmologique. Le planétarium prend là tout son sens, projetant la démocratie entre les étoiles. La démocratie… Discipline de l’art et de l’amour de la patrie. En orient, il s’agit d’une chimère indisciplinée. Le fait est que l’esprit civique arabe ne favorise pas l’esprit démocratique. D’où la nécessité d’accorder nos violons sur des principes tout en favorisant la souplesse des moyens.
L’autre défi auquel les tunisiens sont confrontés est un défi temporel : Un temps court et un temps long. Notre temps court s’appellera le 24 juillet. Il soulèvera des préparations techniques et administratives de pointe. Mr Ben Achour avance quelques chiffres aux allures d’apocalypse : préparation de 7 millions d’enveloppes, formation de 15.000 à 18.000 agents électoraux pour crédibiliser les bureaux de votes qui devront eux, passer d’environ 13.000 à plus de 50.000, le tout en 22 semaines. Je préférais le défi cosmologique, la réalité y est moins palpable, car projetée dans l’espace.
On se frotte à la cruauté des nombres et des virgules, nous sentant infiniment petits face à ce « défi énorme ». Un certain président déchu s’était inspiré de De Gaulles pour lancer un vague « Je vous ai compris ». Mais De Gaulles, c’est aussi ça : « Françaises, Français ! Aidez-moi ! »
Alors Tunisiennes, Tunisiens ! Aidez-nous !
Fermeture des rideaux.
11h15 : Antonio Vitorino prend la parole. Son pays, le Portugal, a fait la révolution des œillets 30 ans plus tôt. Cet ancien membre de la commission européenne accompagna la transition démocratique dans plusieurs pays de l’Europe Centrale et de l’Afrique Subsaharienne. C’est dire s’il en a vu défiler des démocraties en chantier. Réussir ou défaillir ? Telle est la question. Premier constat qu’il fera des expériences passées : Il n’y pas de modèle démocratique prêt-à-porter. C’est enraciné dans les peuples, c’est donc à lui de le découvrir. J’applaudis intérieurement cette pensée, la plus importante du séminaire, la plus importante du monde. Notre quête de la démocratie est un voyage solitaire, une escapade dans les dunes Sahariennes où des tempêtes de sable se lèvent et des mirages se profilent. Ces « heurts » auxquels nous faisons face nous glorifient. Ils nous poussent à nous interroger sur la loi électorale à adopter, le type de commissions à désigner… Qu’on le veuille ou non, souligne Mr Vitorino, la loi électorale transitoire, instrumentale, celle du fameux temps court, sera la loi électorale définitive, au service d’un temps plus long. Quant aux commissions en charge, il faut qu’elles soient indépendantes, afin de garantir la surveillance du fonctionnement des bureaux de vote, ainsi que l’accès équitable de tous les partis politiques aux médias pour une propagande électorale équitable. Cela soulève la question du financement des campagnes électorales. Est-ce qu’il sera public, privé ? National, international ?
Mr Vitorino met également sur le tapis les risques d’un pluralisme politique qui pourrait amener la fragmentation des forces démocratiques. Les bénéficiaires d’un tel chaos seraient les forces contre-révolutionnaires. On remballe dans ce cas le décor Saharien et la jolie promenade démocratique initiatique : Subsiste le danger réel du recul, celui d’un violent retour en arrière, aussi nuisible qu’un RCDiste en activité.
Mr Vitorino se veut rassurant, il conclut que pour garantir la route vers la démocratie, il est primordial de garantir la stabilité du pouvoir politique transitoire.
11h55 : Sadok Belaid prend le relais. En professeur émérite de droit international et de relations internationales, il commence par cette Europe dédaigneuse, condescendante, et l’invite à faire son autocritique. Réviser sa vision de ses partenaires sud-méditerranéens et adopter en urgence une nouvelle approche : Europe, lève-toi. De l’autre côté de la mer, on continue à nous snober. La Tunisie… Ce patelin pour les uns, ce paradis pour les autres, relevait plus du client que du partenaire. La relation bilatérale avec la France prit un sacré coup : Les intérêts devinrent créateurs de conflits… On ne retiendra de cette fin de mandat de Nicolas Sarkozy que son silence embarrassé et l’enchaînement de filouteries parfaitement synchronisé de son gouvernement. Une autocritique s’imposera donc dans les mois à venir : A défaut d’être bons diplomates, soyez bons perdants.
Fermeture des rideaux.

Myriam Ben Slimane

Myriam Ben Slimane


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